Alfred, Lucie, Mathieu Dreyfus, ou l’honneur incarné


Aujourd’hui encore, l’Affaire Dreyfus ne cesse d’occuper nos mémoires. Bien qu’elle se situe à la fin du 19ème siècle, elle nous apparaît comme un évènement historique complexe, auquel on se réfère régulièrement pour mieux comprendre notre actualité, et ce dans toute sa diversité.

A première vue, l’Affaire est simple : en 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est accusé d’avoir trahi la France au bénéfice de l’Allemagne, lui le juif alsacien. Il est condamné à la déportation à perpétuité. Alors que le véritable coupable est un autre officier, Esterhazy.

Pour corriger cette erreur judiciaire, il est indispensable d’analyser les faits, de se poser les bonnes questions – s’agit-il d’une machination : qui en sont les auteurs, les complices et témoins passifs ? – et d’agir pour faire éclater la vérité. Tout en gardant à l’esprit la formule célèbre de Zola : “La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera.

Cette marche vers la vérité n’atteint son premier but * qu’en 1899 par la révision du procès et la libération d’Alfred Dreyfus, gracié par le Président de la République. Il a donc fallu 5 ans pour surmonter les multiples obstacles qui s’opposaient à la progression de la justice, et pour que la famille Dreyfus recouvre l’honneur de son nom.

*La réhabilitation intervint en juillet 1906.


Pour faire triompher la vérité, il fut conclu entre Alfred Dreyfus, son épouse Lucie et son frère Mathieu un « pacte sacré ». Comme l’écrit Jean-Louis Lévy, petit-fils du capitaine, il s’agit « d’un contrat passé entre la victime du drame et son épouse épaulée sans relâche par le frère aîné Mathieu » . Un contrat selon lequel Alfred renonça à se suicider, tandis que Lucie et Mathieu devaient mettre tout en œuvre pour obtenir la révision de son procès et sa réhabilitation.

Malgré ses conditions insupportables de détention à l’Île du diable, Alfred résistera jusqu’au bout grâce aux centaines de lettres que Lucie lui adressera, véritables perfusions d’amour, de force de vie, de courage. Mois après mois, année après année, Lucie trouvera les mots justes pour mobiliser les forces psychiques de son époux et lui faire garder le désir de vivre.

Quant à Alfred, la correspondance qu’il adressera régulièrement à sa femme lui permettra de dire sa volonté inflexible de faire face, d’exiger la garantie d’une vraie justice et la reconnaissance de son innocence. Ses lettres à Lucie seront le seul lien qui puisse rattacher à l’humanité le déporté qu’on a fait de lui, le lieu où il pourra exprimer l’amour infini qu’il lui porte.

Mathieu Dreyfus, en « frère admirable », consacrera pendant ces cinq années son temps, sa volonté, son intelligence, son énergie, sa fortune à l’élucidation du complot, la recherche du coupable, la création d’un réseau de journalistes, savants, avocats, écrivains, artistes, amis protestants, qu’on regroupa sous le nom d’intellectuels. Ils pèseront de tout leur poids pour que l’opinion publique cesse d’être abusée.


Notre dessein n’est pas de proposer une énième version de l’affaire Dreyfus, mais de montrer comment ces trois personnes isolées Alfred, Lucie et Mathieu ont su, grâce à leur ténacité, leur force psychique, leur perspicacité, leur dignité et leur amour, triompher de l’armée et son état-major tout puissant, de gouvernants sous pression, de tribunaux militaires aux ordres, d’hommes politiques dénués de courage, d’une presse majoritairement antisémite déchaînée, d’une opinion manipulée qui hurlait aux loups.

Des lettres, des extraits de journal intime et de mémoires, autant de textes originaux servis par trois acteurs de la Comédie-Française, qui permettront aux auditeurs d’apprécier l’Affaire Dreyfus, comme s’ils l’avaient vécue eux-mêmes.

La Compagnie Les Signatures remercie la Fondation d’entreprise La Poste et la Mutuelle Générale des Enseignants (MGEN) pour leur soutien.